Patriots : les leçons du week-end

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le 21/10/2009 à 22:22 par Thomas Depaepe
Mise à jour du 20/10/2010 à 21:03
Dimanche soir, nous avons vu du coté du Gilette Stadium un match unique où une équipe a réalisé la quasi-perfection sur un quart-temps, et où l’autre équipe (les Titans) ont été ensevelis corps et biens sous le manteau neigeux.

Un quart-temps de légende
La neige est tombée toute la journée sur Boston lorsque le match commence. La télévision américaine nous rappelle le match hivernal historique des Patriots qui s’était soldé par un 3-0 et prévient qu’il sera difficile de voir du gros jeu ce soir.
Avec la neige et les maillot old-school des Houston Oilers et le rouge des Patriots on se croirait presque en face d’un film d’archive exhumés pour les 50 ans de l’AFC et on s’attends a voir du classique sur le terrain.

Au début, le match commence sur un rythme assez faible et lorsque Gostowski rate son field-goal, on se dit que le match va être passionnant car serré : il n’en sera rien ! le match sera passionnant (au moins jusqu'à la mi-temps), mais pas du tout serré.
Après un premier touchdownTouchdown (TD)
c'est l'essai qui vaut 6 points et qui peut être transformé au choix à 1 ou 2 points. Il suffit que le ballon pénètre dans la endzone. (pas besoin d'aplatir)
, on sent que New England commence a trouver son jeu, alors que les Titans lâchent à plusieurs reprises des balles tout a fait captable : Bob Scaife décroche la palme avec 2 ballons qui lui glissent littéralement des mains.
Le match bascule au début de la seconde période lorsque les Patriots entrent en jeu après une nouvelle possession gâchée par les Titans. Moss qui a demandé le cuir va être servie car en 3 minutes et demi, Tom Brady se connecte deux fois avec lui pour un touchdown ; le premier étant une merveille de feinte avec une remise à Maroney qui se retourne et rend au dernier moment le cuir à Brady qui n’a plus qu’a ajuster sur 40 yards Randy Moss.
Le naufrage des Titans se poursuit (avec des 5 turnovers) alors que les Patriots réussissent tout ce qu’ils tentent : une screen pass de 38 yards pour Kevin Faulk qui marque son touchdown, puis deux touchdown lancées sur un Wes Welker isolé sur des tracés extérieurs.
« Les étoiles étaient alignés » dira sobrement Bill Belichick après le match.

Au chapitre historique, les pats pulvérisent plusieurs records NFL : le plus de touchdown en 1 quart-temps (5), la plus grande différence de points en une mi-temps et le plus de points pour une mi-temps (45 points)… et surtout la plus grande différence de yards couverts sur le match (+619 yards !).

Il faut certes rester prudent sur cette performance car les Titans sont loin d’être des ogres cette année ; de plus ils ont eu beaucoup de mal a jouer avec les conditions climatiques (les receveurs échappaient systématiquement le cuir et Chris Henry était inexistant).
Mais il n’en reste pas moins que les Pats ont signé leur retour en NFL et que je vois au moins 4 enseignements à tirer de ce match.

L’attaque longue est de retour
Certes le backfield défensif des Titans est médiocre cette année, mais il n’en demeure pas moins que les Patriots ont retrouvé leur spécialité d’il y a deux ans : les jeux longs assassins. En effet, après 5 journées frustrantes où les gros gains ont été systématiquement ratés (passes trop fortes lorsque le receveur est démarqué, des feintes offensives grillées trop rapidement pour donner le temps à Brady de chercher un tracé long…), ce week-end New England a réussi 3 réceptions de plus de 40 yards ; et cela change beaucoup de choses comme l’a noté Wes Welker (150 yards captés, 2 TD) : « Nous en avions marre des critiques et nous voulions les arrêter(…)les tracés long doivent faire partie de notre schéma offensif ; jusqu'à présent nous avons été souvent proche de les réussir, mais nous avons toujours échoué. Dimanche nous avons pris des automatismes qui vont nous servir et qui vont obliger nos adversaire à davantage nous respecter ».

Le retour de la variété dans l’attaque des Patriots (et plus simplement des jeux courts pour Welker ou les tight-ends) me semble liée à un Tom Brady qui reprend progressivement ses marques au sein de l’équipe. En effet, beaucoup, comme moi, attendaient de Brady qu’il soit de retour à son niveau de 2007 très vite ; or on a vu qu’il avait du mal a se réadapter à la vitesse du jeu et à lancer le cuir loin lorsque la pression était là (d’où des passes souvent trop profondes). Mais en fait, nous avons été peut être un peu trop exigent avec lui. Il est normal qu’un joueur qui a manqué une saison entière éprouve quelques difficultés à se reconnecter avec ses défenses, à retrouver ses sensations même s’il a repris l’entraînement depuis longtemps ; aucun entraînement ne peut remplacer les matchs. 5-6 matchs de reprises ne sont-ils pas un minimum pour un joueur qui revient ?

Retour à la case 3-4
Après avoir perdu Jerod Mayo lors du premier match, Belichick avait mis en place un système défensif en 4-34-3
formation défensive avec 4 linemen et 3 linebackers.
. Ce schéma a aussi pour objectif de renforcer une première ligne qui était orpheline après le transfert de Richard Seymour. Mais le bilan est pour le moins décevant et avec le retour de Mayo, les Pats sont revenu ce week-end au schéma à 3 hommes de lignes et 4 linebackersLinebacker (LB)
joueur de la défense polyvalent qui constitue le 2ème rideau défensive.
.
Si parmi les 3 hommes de lignes il n’y a pas de surprise (Warren-Wilfork-Green), la ligne des linebacker dessinée par Belichick est assez surprenante : en effet, Exit Adalius Thomas qui est de loin leur plus « gros nom » et Hello mister Junior Seau.

Adalius Thomas paye clairement son niveau de sous performance dernièrement (12 tackles en 5 matchs, 1 sackSack
plaquage du QB dernière la ligne de scrimmage (perte de terrain).
) et son incapacité à mettre la pression sur le quarterback adverse. A sa décharge l’organisation en 4-3 a rendu ses débordements moins tranchants. Il paye aussi la deuxième sortie de retraite de Junior Seau qui est un leader très à l’aise chez les Pats.
Seau qui a été contre les Titans très présent sur le terrain (2 tackles et un fumbleFumble
quand le porteur du ballon laisse échapper celui-ci par maladresse ou suite à un choc. Le ballon est alors à terre mais vivant et c'est la 1ère équipe qui le ramasse qui en prend la possession. Avec les interceptions, le fumble est la seconde façon de rendre le ballon à l'adversaire. Ensemble, ils constituent des Turnovers (pertes de balle). C'est souvent cette stat. qui décide de l'issue de la rencontre.
recouvert) donne surtout à la jeune ligne des Patriots une sérénité et une énergie qu’Adalius Thomas ne semble pas pouvoir donner malgré tout son talent.

Avec Seau l’expérimenté, Mayo l’homme de l’avenir et le surprenant Gary Guyton, Belichick dispose de 3 joueurs pouvant jouer en linebacker central. Si on y ajoute Adalius Thomas qui pourrait revenir en odeur de sainteté, les Patrits disposent d’une profondeur au poste de linebacker intérieur qui fait pâlir bien des équipes (les Bears par exemple).
Si l’on ajoute le fait qu’il y a aussi 4 joueurs de niveaux équivalents pour les 2 postes de linebackers extérieurs (Pierre Woods, Derrick Burgess, Tully Banta-Cain et Rob Ninkovich), les Patriots disposent d’une formidable profondeur de jeu qui leur permettra de varier beaucoup plus souvent leurs couvertures et leurs blitzsBlitz
tactique défensive où les défenseurs sont chargés d'aller sacker le QBQuarterback
c'est le stratège de l'équipe. Il décide des tactiques avec ses coachs. Il est chargé de transmettre la balle à ses coureurs et de distiller les passes à ses receveurs.
ou de plaquer le running backRunning Back (RB)
Terme générique qui englobe les HB et les FBFullback (FB)
coureur puissant et polyvalent. Il joue le rôle de bloqueur, de receveur et de bulldozer balle en main. Constitue avec les halfbacks (HB), les running backs (RB).
.
le plus tôt possible afin d'infliger une perte de terrain à l'attaque. Mais il y a un risque : la défense doit être rapide car sinon elle s'expose à une passe longue.
. Tout cela à aussi pour objectif de rendre moins prévisible les jeux qu’ils appellent sans pour autant spécialiser des joueurs sur un profil.

Des rookies qui donnent de la profondeur
Comme pour les postes de linebacker, Belichick a construit une équipe avec souvent un ou deux joueurs de bon niveau en second rideau. En attaque, est évidement impossible de remplacer des stars comme Randy Moss ou Wes Welker (on a bien vu comment son absence a été décisive dans le match contre les Jets)… mais le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y a quelques très bon jeunes dans l’effectif.
Pour l’instant, celui qui m’impressionne le plus c’est Julian Edelman qui est un ancien quarterback reconverti en clone de Wes Welker (même physique, même jeux sur des tracés courts…). Seul (comme contre les Jets) Edelman n’a pas encore l’ampleur d’un grand receveur, mais aligné aux coté de Welker le rookie fait merveille avec ses tracés courts. En plus son jeu très similaire à celui de Welker perturbe les défenses et permet à Wes Welker de signer des tracés plus longs même s’ils restent moins profonds que ceux de Moss.

Au titre des surprises, y a aussi le géant né en Allemagne Sebastian Vollmer : 2,03 mètres, 143 kilos et un jeu tout en finesse. Pour l’instant Vollmer remplace admirablement le vétéran Matt Light avec peut-être un petit plus sur les blocs sur jeu de course. En effet, non content d’avoir contenu les blitzs des Titans (et ceux des Broncos après son entrée en jeu), Vollmer a signé un superbe block qui a ouvert le jeu à Laurence Maroney ce week-end.

Darius Butler monte lui en puissance depuis quelques semaines déjà et sa titularisation dés le début du match contre les Titans n’a été qu’une demi-surprise. En effet, Butler dispose d’une bonne lecture de jeu (il signe d’ailleurs une interceptionInterception
passe du QB rattrapée par un défenseur (un adversaire).
sur Collins) et s’impose de plus en plus comme le pendant de Shaun Springs.

Laurence Maroney… enfin !
123 yards en 31 portés. Cette statistique est une bonne statistique mais peu sembler moyenne par rapport à d’autres escouades (Vikings, Falcons, Chargers…) mais c’est tout simplement la meilleur performance au sol de la Nouvelle Angleterre depuis le 23 décembre 2007 et 156 yards contre Miami.
1 touchdown. La dernière fois que Maroney était rentré en terre promise c’était lors du Superbowl XLII il y a deux ans déjà.

Ce qui rend la performance de Maroney aussi intéressante pour l’avenir c’est le fait qu’elle a été réalisée d’abord sur des tracés axiaux et non plus sur ses habituels courses latérales souvent stérile. En changeant les tracés à la course dédiés à Maroney (changement du en grande partie aux blessures de Fred Taylor et Sammy Morris), le staff des Patriots à peut-être découvert une des force de Maroney : la lecture des gap intérieurs. En effet, sa patience derrière ses bloqueurs, et son cut souvent décisif pour rentrer dans les trous défensif a été une vraie révélation pour un coureur souvent considéré comme trop chétive et trop fragile.
La révélation est d’autant plus forte qu’elle est arrivée contre la 4éme meilleure défense contre la course de la NFL ; en effet, les Titans avaient jusqu'à présent concédé que 75 yards au sol par match.Certains des enseignements du match Patriots/Titans sont peut-être encore trop fragiles pour être considérés comme acquis (le retour du jeu long et de Laurence Maroney) mais d’autres me semblent révélateurs d’une méthode Belichick qui peut s’avérer gagnante cette saison (la profondeur de la défense 3-43-4
formation défensive avec 3 linemenLinemen
littéralement, les hommes de la ligne (de scrimmage). Il y a les linemen offensifs et les défensifs. Ils s'opposent dès le snapSnap
signal de départ de l'action, quand le centre transmet la balle au QB.
donné.
et 4 linebackers.
, des rookies très investis dans le jeu).
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 J'ai le sentiment d'être le meilleur, mais vous ne me prendrez pas à dire ça.  – Jerry Rice, légendaire WR des 49ers de San Francisco

En VO :  I feel like I'm the best, but you're not going to get me to say that. 

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