Les pendules à l'heure

shield NFL actuel
shield NFL actuel (NFL.com)
le 26/01/2005 à 13:15 par Pierre-François Flores
Mise à jour du 20/10/2010 à 21:03
Pour cette finale de l'AFC, tous les fans des Steelers retiennent leur souffle mais agitent comme des damnés leurs serviettes au-dessus de leur tête. Le Heinz Stadium est en ébullition malgré un thermomètre indiquant -12°C. Pittsburgh veut voir Ben Roethlisberger venger les défaites de 1994, 1997 et 2001 à ce niveau de la compétition. Malheureusement, Big Ben va succomber sous la pression et se casser les dents sur les schémas défensifs de Romeo Crennel. Dès la troisième action, un coup de fusil du QB est dévié par Antawn Randle El avant d'atterrir dans les mains d'Eugene Wilson. Les Patriots en profitent immédiatement pour ouvrir la marque. Adam Vinatieri ne se fait pas prier pour transformer un Field GoalField Goal (FG)
coup de pied à 3 points effectué le plus souvent en 4ème tentative quand l'attaque a été bloquée. Il est joué depuis l'endroit où la dernière action c'est achevée. En cas de réussite c'est 3 points et engagement. En cas d'échec, la possession change de camp mais il y a deux possibilités : avant le snapSnap
signal de départ de l'action, quand le centre transmet la balle au QB.
, la balle était à l'intérieur des 20 yards, on replacera alors la balle sur la ligne des 20 yards ou elle était placée au-delà des 20 yards, on la replacera au même endroit.
de 48 yards après une avancée de 18 yards en 5 jeux. Ce diable de Vinatieri a encore frappé. Une seule fois avant lui un botteur adverse avait passé un coup de pied de cette distance. Le match ne fait que commencer et un premier message est adressé à Bill Cowher. La deuxième possession des Steelers est toute aussi catastrophique. Cette fois, c'est Jerome Bettis qui rend la balle à l'adversaire. Le fumbleFumble
quand le porteur du ballon laisse échapper celui-ci par maladresse ou suite à un choc. Le ballon est alors à terre mais vivant et c'est la 1ère équipe qui le ramasse qui en prend la possession. Avec les interceptions, le fumble est la seconde façon de rendre le ballon à l'adversaire. Ensemble, ils constituent des Turnovers (pertes de balle). C'est souvent cette stat. qui décide de l'issue de la rencontre.
du meilleur coureur des Steelers a lieu sur une 4ème tentative et 1 yard à couvrir. La défense répond présent et bloque Bettis avant qui ne franchisse la ligne d'avantage. Le fumble est la cerise sur le gateau et un nouveau message à l'intention des Hommes d'Acier. Derrière la sanction est immédiate, Deion Branch prend le dessus sur Deshea Townsend et réceptionne un caviar de 60 yards de Tom Brady pour un essai magnifique. Ceux qui doutent encore de la puissance du bras de Brady doivent absolument voir cette action de jeu. Ils seront convaincus que ce lanceur est définitivement un joueur spécial. En plus de prendre de l'avance au tableau d'affichage, Bill Belichick et ses assistants attaquent les Steelers au moral. Bettis était à quelques pouces de permettre à son équipe de poursuivre un beau drive. Au lieu de cela, les voicis à -10. Un peu sonnés, les locaux s'accrochent. Leur défense leur permet de rester dans la partie.
En fin de premier quart-temps, Roethlisberger refait surface. Il trouve Hines Ward sur une passe de 19 yards. Ce petit sursaut, donne l'occasion à Jeff Reed de réduire le score sur un coup de pied de 43 yards. Le tableau d'affichage indique 10 à 3 au bout des premières 15 minutes de jeu. Les défenseurs font régner leur loi sur le début de la seconde période. Cependant, cet équilibre est rompu à 9 minutes de la mi-temps. Une fois encore, le duo Brady-Branch fait la différence. Le receveur capte une corde raide en plein coeur de la défense pour un gain de 45 yards. Pour reprendre le large, Bill Belichick choisit une petite passe écran pour David Given. A 17 à 3, les hommes de Bill Cowher vacillent. Ils mettent un genou à terre dès leur possession suivante. Alors qu'il a mené son équipe dans la zone rouge des Patriots. Le lanceur Rookie commet une erreur mortelle. Sa passe vers Jerame Tuman est téléphonée, Rodney Harrison en vieux briscard anticipe et se fait le plaisir de couper la trajectoire du cuir. Grâce à sa lecture du jeu, il s'en va planter un touchdownTouchdown (TD)
c'est l'essai qui vaut 6 points et qui peut être transformé au choix à 1 ou 2 points. Il suffit que le ballon pénètre dans la endzone. (pas besoin d'aplatir)
après une course de 87 yards. Big Ben concède un nouvel essai longue distance suite à une interceptionInterception
passe du QB rattrapée par un défenseur (un adversaire).
seulement 8 jours après avoir offert la copie conforme au Jet Reggie Tongue. A la pause, une petite phrase de Tom Brady prend des allures d'un théorème mathématique :
Contre les bonnes équipes, la perte de balle est interdite
Pour ne pas avoir assez médité cette locution, les hommes de fer se retrouvent au retour des vestiaires dans une situation quasi désespérée. Avec 21 points de retard (24 à 3), ils sont condamnés à faire une mi-temps de football de rêve pour espérer se frayer un chemin vers le Super Bowl. Une belle série de 5 jeux pour 56 yards est ponctuée par un essai de Jerome Bettis et entretient un maigre espoir en début du second acte. Ce drive a été illuminé par un brillant slalom de Randle El pour 34 yards. Mais comme souvent cette saison, cette étincelle est immédiatement étouffée par des Patriots impressionnants. D'abord une réception de 18 yards de Given, suivie d'une pénalité de 15 yards pour une brutalité sur le passeur, gardent en vie la progression de la franchise de la Nouvelle Angleterre. Mais le plus beau reste à venir, comme ce superbe déboulé de Corey Dillon sur la droite pour un touchdown de 25 yards. La marque est portée à 31-10 en faveur des champions en titre. Malgré, l'ampleur de la tâche, les Steelers ne rendent pas les armes. En fin de troisième quart-temps, ils échafaudent leur série la plus aboutie de la soirée. En 10 jeux, ils gagnent 60 yards, la note finale étant donnée par Hines Ward, le meilleur joueur Noir et Or dimanche avec 109 yards et un essai.
L'ultime quart-temps commence doucement par un échange de field goal. Un dernier coup de théâtre ne tarde pas à survenir. Roethlisberger se fait encore piéger. Le safetySafety
Signifie deux choses différentes : 1) c'est le plaquage du porteur du ballon dans sa propre zone d'en-but. Cela rapporte 2 points à l'équipe qui l'effectue et elle récupère la possession du ballon. L'équipe victime du safety va alors dégager depuis ses 20 yards au moyen d'un botté façon "punt". 2) c'est un poste en défense. Le safety est en quelque sorte le dernier rempart. Par analogie avec le football "européen", on le qualifie de "libéro".
Eugene Wilson est encore à l'affût et enregistre sa deuxième interception de la rencontre sur un superbe plongeon. La revision vidéo demandée par Cowher ne sauve pas les Steelers d'un quatrième turnover. New England enregistre là son 14ème "takeaway" en trois finales de conférence, un an après avoir volé 6 ballons aux Colts d'Indianapolis. A l'aller, c'était eux qui avaient fini avec 4 turnovers contre aucun à Pittsburgh. Encore une fois, Bill Belichick prouve ses grandes capacités d'adaptation. Une fois, le ballon en main, les Pats grignotent méthodiquement le chronomètre. Ils tiennent le cuir près de 5 minutes avant le coup de grâce. Le bourreau s'appelle comme d'habitude Deion Branch, il profite d'un coup de poker de Charlie Weis. Sur une 3ème tentative et 9 yards à parcourir, le coordinateur choisit une "reverse". Cette stratégie à haut risque est parfaitement exécutée et elle permet au receveur de marquer après un galop de 23 yards. Cette fois le match est définitivement acquis pour les Patriots. Sur le banc, quelques joueurs de Belichick chambrent le public avec un remake des "terrible towels". L'éclat de Branch n'est pas le dernier essai de la partie. En effet, Plaxico Buress inscrit un dernier touchown sur une passe de son lanceur rookie qui voit sa grandiose aventure s'arrêter là. Cette victoire étourdissante 41 à 27 est une magnifique rampe de lancement vers le Super Bowl XXXIX de Jacksonville. Les Pats en seront les favoris.

Roethlisberger vs Brady

Le duel était attendu. La presse en faisait ses choux gras. Mais le duel n'a pas eu lieu, Big Ben n'ayant plus rien de "big" face à la défense des Patriots. Si lors de ses 11 premiers matchs il obtient une évaluation de 103, celle-ci chute à 65 pour ses 6 dernières sorties. Au fur et à mesure que la saison avance, les défenses ont trouvé le moyen de perturber le talentueux quarterbackQuarterback
c'est le stratège de l'équipe. Il décide des tactiques avec ses coachs. Il est chargé de transmettre la balle à ses coureurs et de distiller les passes à ses receveurs.
. Objectif : contenir le jeu de course pour mettre les Steelers face à des 3èmes tentatives avec obligation de lancer. Douze fois dimanche, ils ont été confrontés à des troisièmes downs pour seulement 4 conversions en première tentative.
Brady n'a toujours pas perdu en playoffs dans jeune carrière. En quatre années en tant que titulaire, il a joué les phases finales à 3 reprises : 2001, 2003 et 2004. Il a gagné l'intégralité de ses 8 rencontres dont les Super Bowls XXXVI et XXXVIII.
Il est impossible de ne pas faire le rapprochement avec le grand Joe Montana qui a remporté quatre Super Bowls et en a été trois fois le MVP. Brady joue dans un registre très similaire. Bien campé derrière une excellente ligne offensive, il distille ses passes courtes avec la plus grande précision qu'il soit. Même sous pression, il prend quasiment à chaque coup la bonne décision et son jeu ne laisse que très peu de place aux déchets et aux erreurs. Ajoutez à celà un grand sang froid dans les moments les plus critiques et vous obtenez la nouvelle icône de la NFL.
Quinze ans après la fin de l'ère Montana et 10 après celle de Aikman, Brady s'impose comme la nouvelle star à ce poste, rappelant à Peyton Manning qu'il ne suffit pas d'empiler les records pour gagner des championnats.
Dimanche, il a passé Aikman, Bradshaw, Elway et Montana pour le plus de victoires consécutives en playoffs (8 contre 7). Il ne reste que Bart Starr devant lui avec 9 succès de rang.
Le 6 février prochain, Brady peut, à 27 ans, s'assurer une place au sommet de la NFL.

Belichick vs Cowher

Si Brady, qui n'a pas encore son palmarès, fait penser à Montana, Belichick est désormais l'égal du mythique Vince Lombardi. Cette victoire en finale de conférence est la 9ème de sa carrière de head coach. Il n'a connu la défaite qu'à une seule reprise. Lombardi était jusqu'à dimanche le seul coach à avoir une fiche en playoffs de 9-1.
En face de lui, Bill Cowher perd sa 4ème finale AFC en 5 participations. Ce coach qui a reconstruit une franchise devenue moribonde pendant les années 90 est connu comme étant celui qui can't-win-the-big-one (ne peut pas gagner LE match). Malheureusement, son surnom ne risque pas de disparaitre après cette nouvelle désillusion. Pourtant tout semblait en leur faveur. Les Steelers restaient sur 15 victoires consécutives, avaient battu facilement les Pats en saison régulière, avaient l'avantage de recevoir et un quarterback rookie béni des Dieux du football. Beaucoup d'arguments, certes, mais pas assez pour vaincre Belichick et mettre un terme à la malédiction. Cowher peut toujours aller chercher conseils auprès d'Andy Reid qui atteint enfin le Super Bowl après trois échecs de rang.
Et au final de se demander, si le mauvais oeil n'est pas tombé sur la Pennsylvanie, Etat qui a perdu 6 finales de conférence sur 7 lors des 11 dernières saisons.

L'art de brouiller les cartes

Cette fois les Pats avaient Corey Dillon dans leurs rangs. "Ils vont donc courrir tout en comptant sur le jeu de passe de Tom Brady". "Si Dillon gagne plus de 100 yards, la victoire est inéluctable". C'est à peu de chose près ce qui était annoncé dans la presse américaine avant la rencontre.
Mais Bill Belichick et Charlie Weis sont vraiment imprévisibles. Alors que personne n'avait parlé de ce joueur la semaine précédant l'évènement, il mise sur la performance Deion Branch qui avait également manqué le match de saison régulière. Branch inscrit deux touchdowns, l'un sur une réception de 60 yards et l'autre en toute fin de match sur une course renversée de 23 yards.
Dillon a pour sa part dû se contenter de 73 yards en 24 portés avec néanmoins un superbe touché de 25 yards. Sa présence a également obligé les Steelers à respecter le jeu au sol ce qui n'avait pas été le cas en octobre dernier.
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 C'est un f... de p... arrogant. C'est ce qui fait de lui un si grand joueur.  – Lawrence Taylor à propos de son coéquipier Phil Simms

En VO :  He's a cocky sumbitch. That's what makes him such a great player. 

Citation réelle proposée par Guillaume. Suggérer une citation réelle ou fictive pour 10 Bzh !