Les Colts 36 ans après

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le 05/02/2007 à 00:00 par Pierre-François Flores
Mise à jour du 20/10/2010 à 21:03
L'attente d'un nouveau sacre a donc pris fin dimanche pour les Colts d'Indianapolis, vainqueurs 29 à 17 des Chicago Bears lors sur Super Bowl XLI.
Il leur aura fallu attendre 36 ans pour brandir le trophée Vince Lombardi. Pour la première fois, il ira dans l'Indiana.

Cette victoire des Colts marquent aussi la fin d'une quête pour le coach Tony Dungy et surtout pour son quarterbackQuarterback
c'est le stratège de l'équipe. Il décide des tactiques avec ses coachs. Il est chargé de transmettre la balle à ses coureurs et de distiller les passes à ses receveurs.
Peyton Manning. Souvent décrié pour ses performances en playoffs, il a sorti un match solide (25/38 pour 247 yards, 1 TD et 1 Int), disséquant minutieusement une défense des Ours qui aura passé plus de 38 minutes sur la lourde pelouse du Dolphin Stadium. Il est le premier Colt à recevoir le titre de MVP, puisque lors de leur succès en 1971, le lauréat avait été un membre de l'équipe perdante, le Cowboy Chuck Howley, fait unique dans l'histoire du Super Bowl.Pluie et coup d'engagement gagnant

Le Super Bowl XLI restera dans l'histoire sur au moins deux points. Il est le premier à s'être joué sous la pluie ! Alors que jamais un Super Bowl n'avait vu une goutte d'eau, celui-ci a connu un véritable déluge de bout en bout. Même la vedette du HalfHalf
Une mi-temps, il y en a deux. Elles débutent toutes les 2 par un coup de pied d'envoi : kickoff.
Time Show, Prince, a eu le droit à sa saucée. Sa chanson Purple Rain a probablement connu sa meilleure mise en scène.
Cette finale est aussi la première à voir son coup d'envoi retourné pour un touchdownTouchdown (TD)
c'est l'essai qui vaut 6 points et qui peut être transformé au choix à 1 ou 2 points. Il suffit que le ballon pénètre dans la endzone. (pas besoin d'aplatir)
. A la baguette, le rookie Devin Hester qui traverse 92 yards sans être touché et marque l'essai le plus rapide de l'histoire : 14 secondes.
Le décors est planté, les Bears mènent 7-0.Un contexte hostile aux Colts

Tout commence bien mal pour les Poulains qui prennent leur première possession avec un retard de 7 points au tableau d'affichage. Le très attendu Hester a déjà fait des siennes, le terrain n'a rien à voir avec un turf et la pluie fait rage. Les Bears sont habitués à des conditions extrêmes (vent et froid sur les bords du lac Michigan) et leur jeu basé sur la course s'y prête bien.
Ce sentiment persiste quelques instants plus tard quand Peyton Manning lance une interceptionInterception
passe du QB rattrapée par un défenseur (un adversaire).
de Chris Harris. Au touchdown près, elle rappelle celle réalisée par le Patriot Asante Samuel deux semaines plus tôt aux RCA Dome. Seule différence, et elle est de taille, Harris ne marque pas les 6 points. La défense des Colts montrent alors d'entrée de jeu qu'elle est en forme en obligeant les Bears à se dégager après 3 actions.Manning se rattrape

En 4 minutes 30, le stratège orchestre un drive de 80 yards conclu par une passe de touchdown pour Reggie Wayne, étrangement oublié des defensive backs.
Alors que la série avance par des courses et des passes courtes, Manning fait face à une 3ème et 10. Chicago lance alors le blitzBlitz
tactique défensive où les défenseurs sont chargés d'aller sacker le QB ou de plaquer le running backRunning Back (RB)
Terme générique qui englobe les HB et les FBFullback (FB)
coureur puissant et polyvalent. Il joue le rôle de bloqueur, de receveur et de bulldozer balle en main. Constitue avec les halfbacks (HB), les running backs (RB).
.
le plus tôt possible afin d'infliger une perte de terrain à l'attaque. Mais il y a un risque : la défense doit être rapide car sinon elle s'expose à une passe longue.
que lit parfaitement le quarterback. Presque pris, il a la lucidité de voir Wayne démarqué et le trouve.
Sur l'extra point, le holder Smith laisse échappe le ballon mouillé. Les Colts se contentent des 6 points : 7-6.20 secondes de folie, acte I

Vinatieri a un début de match difficile. Son kickoffKickoff
coup de pied d'engagement en début de mi-temps. Effectué balle à terre depuis la ligne des 30 yards de l'équipe qui engage.
inaugural a été remonté pour le touchdown et il n'a pas eu la possibilité d'ajouter un point potentiellement crucial au tableau de marque.
Un homme averti en valant deux, il opte pour une relance courte. Reid se saisit du ballon mais est lourdement plaqué par Mathis. Sous l'impact, il commet le fumbleFumble
quand le porteur du ballon laisse échapper celui-ci par maladresse ou suite à un choc. Le ballon est alors à terre mais vivant et c'est la 1ère équipe qui le ramasse qui en prend la possession. Avec les interceptions, le fumble est la seconde façon de rendre le ballon à l'adversaire. Ensemble, ils constituent des Turnovers (pertes de balle). C'est souvent cette stat. qui décide de l'issue de la rencontre.
, récupéré par Gandy.
Le momentum est-il en train de changer ? Pas encore.
Sur le premier snapSnap
signal de départ de l'action, quand le centre transmet la balle au QB.
de la série, Manning veut transmettre à Addai mais commet à son tour un fumble recouvert par le Bear Anderson.
Deuxième turnover pour Manning, Chicago n'en demandait pas tant. Sur l'action qui suit, Thomas Jones (115 yards en 15 courses) s'échappent sur la droite pour 52 yards et est rattrapé in extremis par Bethea. Deux jeux plus tard, Grossman trouve Mushin Muhammad pour le touchdown : 14-6.

Chicago fait preuve d'un réalisme redoutable et reprend 8 points d'avance. A partir de cette instant, les choses vont changer.Les Bears...d'Indianapolis ?

La stratégie mise en place par Dungy est claire : calquer son jeu sur celui de son adversaire, à savoir courses et grosse défense.
Si le MVP est allé à Manning, Dominic Rhodes (21 courses pour 113 yards et un TD) ou la défense (4 turnovers : 2 interceptions et 2 fumbles) l'auraient mérité tout autant.
Rhodes et le rookie Joseph Addai totalisent 264 yards en 51 jeux (courses + réceptions) et un touchdown. Addai est même le meilleur receveur de la soirée avec 10 catchs pour 66 yards. A aucun moment, la solide défense de l'Illinois n'a réussi à trouver la solution. A l'inverse, celle des Poulains a connu une soirée faste : 4 ballons arrachés, un sackSack
plaquage du QB dernière la ligne de scrimmage (perte de terrain).
, un touchdown marqué et moins de 22 minutes laissés à Grossman pour mener son attaque.

Les Bears viennent de stopper leur adversaire et récupèrent la possession. Sur le deuxième jeu, Bob Sanders démontre une nouvelle fois son importance dans le dispositif défensif des Colts en explosant Benson qui tentait une course plein axe. Sous la violence du choc, le cuir est perdu... mais pas pour tout le monde. Dwight Freeney s'en empare.
Si la possession suivante ne donne rien, le message passé par Sanders et Freeney est clair : Benson et Jones vont passer une sale soirée.
On ne pense pas si bien dire quand 2 minutes plus tard, Benson est blessé dans un contact avec Bethea. Il ne reviendra plus. Cet incident est un vrai coup dur pour une attaque des Bears déjà en difficulté au complet.

Toujours avec la même rigueur, Manning et consorts mettent Adam Vinatieri en position pour ajouter 3 points, chose qu'il ne manque pas : 14-9.

Après un three-and-out, les Colts reviennent et c'est cette fois Rhodes qui fait parler la poudre. Les 58 yards sont couverts en 3 minutes et voilà les Blancs en tête pour la première de la soirée : 14-16.20 secondes de folie, acte II

La stérilité offensive des Bears fait peine à voir. Nouveau 3-and-out et les Colts reviennent.
C'est Addai qui est à l'honneur. Le brouillage de cartes continue du côté de Dungy.
Mais alors que tout va bien pour Indy, Fletcher commet un fumble après avoir réceptionné une passe de Manning. Le responsable : Tillman qui lui arrache le ballon des bras et recouvre lui-même le cuir.
Sur le jeu suivant, Grossman laisse échapper le snap que ramasse Brock. Manning est de retour et fait avancer son équipe.
Avec deux secondes à jouer, Vinatieri tente un field goalField Goal (FG)
coup de pied à 3 points effectué le plus souvent en 4ème tentative quand l'attaque a été bloquée. Il est joué depuis l'endroit où la dernière action c'est achevée. En cas de réussite c'est 3 points et engagement. En cas d'échec, la possession change de camp mais il y a deux possibilités : avant le snap, la balle était à l'intérieur des 20 yards, on replacera alors la balle sur la ligne des 20 yards ou elle était placée au-delà des 20 yards, on la replacera au même endroit.
de 36 yards mais, chose rare, le rate.

Chicago peut vraiment être satisfaite. Malgré une production offensive fleurtant avec le zéro absolu, elle n'a que 2 petits points de retard, moins d'un field goal !
Ceci confirme les craintes d'avant match de Dungy : ils peuvent marquer de partout. On a vu Hester, mais la défense n'est pas en reste. Elle plie mais ne rompt pas et permet aux Ours de rester vivants après les 30 premières minutes.La première possession du troisième quart-temps est pour Indianapolis et le schéma est le même qu'en première mi-temps : passes courtes et courses de Addai. Malheureusement pour eux, les Colts doivent se contenter d'un field goal de Vinatieri : 14-19.Grossman goûte la pelouse

Après deux passes complétées, Grossman est sacké par McFarland pour -11 yards. Sur le jeu suivant, il perd un nouveau snap, mais cette fois-ci, il peut se coucher sur le ballon avant un Colt. Il nous gratifie au passage d'un autre plongeon dans la pelouse détrempée du Dolphin Stadium.Jones vs Rhodes

Les deux séries qui suivent permettent à Jones mais surtout à Rhodes de se mettre en évidence. Il en ressort 2 field goals de Vinatieri (20y) et Robbie Gould (44y).

Nous entrons dans le dernier quart-temps avec, compte tenu de leur maîtrise, un maigre avantage pour les Colts : 17-22.La défense des Colts

Nous l'avons dit et répété, la défense des Colts s'est métamorphosée pendant ces phases finales.
Ce match ne fait pas exception à la règle. Le duel tant attendu entre la ligne 'O' des Bears et le ligne 'D' des Colts a bien eu lieu. Comme prévu, il a été l'une des clés du match. La tonicité des Freeney ou autres McFarland a complètement pris de vitesse Tait, Kreutz ou Garza. Au final, si Jones a cavalé 112 yards, Benson est resté sur le carreau et 3 fumbles ont été provoqués.

Mais l'apothéose va venir du backfield défensif. Alors que les Bears mènent un drive qui peut potentiellement leur rendre la tête, Grossman sous pression lance une passe en direction de Muhammad. Mauvais choix ! Kelvin Hayden gobe le lancer et, tel le funambule, remonte long de ligne les 56 yards qui le séparent du touchdown.
Lovie Smith demande la révision vidéo estimant que Hayden a mis le pied en touche après la réception. Pour quelques millimètres, les arbitres confirment leur décision initiale : 17-29.

Cette fois, Grossman a confirmé une statistique catastrophique. Quand il court après le score, il lance 17 interceptions pour seulement 4 touchdowns ! Et le pire reste à venir.
En effet, sur la série suivante, il cherche Berrian, jusque-là invisible, mais Bob Sanders, encore lui, surgit.

La fin de la rencontre est un ball control d'école de la part des Colts qui donnent les clés de la maison à Addai et surtout à Rhodes. En défense, ils ne laissent que des petits gains à Grossman.
Les Champions peuvent copieusement arroser leur coach à grand coup de Gatorade, leur triomphe est total. Score final 29 à 17.Dungy, premier coach afro-américain

Il y a tout juste 19 ans, Doug Williams était le premier (et seul à ce jour) QB noir à remporter le Super Bowl.
Hier, Dungy a marqué l'histoire en devenant le premier head coach champion.

Il devient par la même le troisième coach à remporter un Super Bowl en tant que joueur et entraîneur. Il rejoint le Bear Mike Ditka et le Raider Tom Flores (aucun lien de parenté avec moi :) ).

A la question : continuerez-vous la saison prochaine ? Il explique qu'il pense d'abord à savourer les jours qui viennent avant de se pencher sur ce point. Mais au vu de son énorme bonheur et de sa fierté, tout laisse à penser qu'il rempilera encore une saison. A suivre...Manning, un Grand à jamais

NON ! Manning n'est pas Marino. Pendant 8 ans, il a entendu qu'il allait finir comme ce grand mais malheureux quarterback : des records plein les poches mais pas de titre.
Lui qui n'a jamais gagné un Bowl en universitaire, avait cette réputation de ne pas pouvoir gagner un "big one".
Dimanche, il a gagné le plus grand d'entre eux avec au passage le titre de Most Valuable Player.
Manning est désormais dans la catégorie des Montana, Bradshaw, Starr, Aikman et Elway.
Voyons maintenant si, comme ses glorieux aînés, il peut conduire ses Colts au doublé.Vinatieri...2 records de plus

Disputé dans des conditions difficiles, ce Super Bowl aura tout de même permis à ce futur Hall of Famer de s'adjuger deux nouveaux records. Il a marqué 49 points en 4 matchs de playoffs et porte le record de 5 field goals en carrière dans des Super Bowls détenu par le 49er Ray Wersching à 7.
Il vient au passage de conquérir sa quatrième bague de champion.Ainsi s'achève la saison 2006 de la National Football League. Nous vous remercions pour votre fidélité record tout au long des 22 semaines de compétition. Je tiens particulièrement à remercier les rédacteurs bénévoles qui suivent pour vous l'actualité au quotidien : Alain, Alexandre, Christophe, François, Roberto et Thomas.

A venir : Pro Bowl, Free Agency, Draft, NFL Europa en Live !
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 Personne dans le football ne devrait être appelé un génie. Un génie est un type comme Norman Einstein.  – Joe Theisman, ancien QB des Washington Redskins

En VO :  Nobody in football should be called a genius. A genius is a guy like Norman Einstein. 

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